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Histoire


La Passion de Churchill

Histoire du fondement des "Special Relationships" - Traduction de Philippe Grasset
La Passion de Churchill

Cet ouvrage n'existe que sous la forme d'un fichier PDF, que vous pouvez exclusivement vous procurer, pour 15 euros, auprès de la librairie en ligne EDDE.EU



Description

- Churchill’s Grand Alliance ou La Passion de Churchill, troisième volet d’une trilogie de l’historien britannique John Charmley, publié en 1995, décrit la fondation (1941) des “relations spéciales” (special relationships) entre les USA et le Royaume-Uni et leur développement jusqu’au tournant décisif de 1956 (crise de Suez).

- Cette analyse historique se révèle d’une actualité évidente parce qu’on découvre que la crise actuelle des special relationships est toute entière contenue dans ce fondement de 1941 et dans le développement jusqu’en 1956.

- Le travail de Charmley est minutieux, avec une base documentaire impressionnante (60 pages de notes qui ne contiennent que des références) ; cela n’empêche pas des portraits psychologiques très nuancés et des hypothèses historiques audacieuses.

- Si Charmley est manifestement un nationaliste britannique, on ne distingue nulle part dans son propos le parti-pris ou la déformation.

- Excellent outil, ce livre a aussi la vertu de susciter les propres réflexions du lecteur.


Résumé

La Passion de Churchill, pour comprendre notre temps

Le livre de John Charmley, Churchill’s Grand Alliance, dans sa version française La Passion de Churchill, va aux racines de la chose, les expose à l’air libre de l’Histoire et nous montre le cheminement menant à la ramure complexe de ce qu’on a pris coutume de nommer special relationships — coutume si bien établie qu’il ne semble plus nécessaire d’utiliser des guillemets. Les special relationships fondent l’essentiel de la stratégie britannique depuis 1941. Aujourd’hui, elles la fondent encore et toujours, mais l’on sait que c’est au prix d’une crise sévère, aussi bien dans le gouvernement que dans la classe politique, que dans le public dans son entier. Les special relationships sont aujourd’hui à la fois la stratégie centrale et la crise centrale du Royaume-Uni.

Charmley nous propose une démarche extraordinairement minutieuse, appuyée sur la consultation et la citation d’une myriade de documents officiels, internes aux systèmes politiques, personnels pour les principaux acteurs. Il reconstitue la naissance de ces relations à la fois formelles et informelles et leur installation pendant le temps de guerre. Il en suit le développement jusqu’à la date-pivot de 1956 (la crise de Suez), le tournant à partir duquel le Royaume-Uni s’installa d’une manière désormais incontestée dans une politique qui avait d’abord semblé celle d’un seul homme.

Car le titre est bien mérité : les special relationships sont l’œuvre presque personnelle de Churchill. Elles sont une passion, parce que l’homme y met plus des sentiments exacerbés qu’une analyse rationnelle, pour l’imposer contre bien des tendances hostiles ou sceptiques ; elles sont sa Passion également, car les special relationships sont extrêmement difficiles à assumer, avec un partenaire qui cultive bien d’autres sentiments que ceux de Churchill et qui voit toujours son intérêt à soumettre les Britanniques à ses intérêts. A aucun moment, comme Charmley nous montre les choses, on ne sent les Américains partager la même passion entêtée que montre Churchill pour leurs relations avec le Royaume-Uni. Ils cèdent à ces relations, ils en jouent, ils les manipulent, mais jamais ils ne sont ni emportés ni aveuglés par elles comme Churchill nous paraît l’être si souvent.

Face à Churchill, Anthony Eden tient le rôle du sceptique impénitent, du contradicteur implicite. Jamais le ministre des affaires étrangères de Churchill ne partagea l’engouement de son Premier ministre pour les Américains. Ce passage des mémoires de Eden cité et présenté par Charmley nous dit, par le biais d’un jugement sur de Gaulle et sa politique d’indépendance, ce qui était sans doute le fond de sa pensée sur les relations de son pays avec l’Amérique :

«[L’] indépendance entêtée [de De Gaulle] lui avait valu le mécontentement de Roosevelt et de Churchill mais elle lui avait permis de préserver les intérêts de la France, – comme il fit à nouveau après 1958. Observant l’Histoire, Eden reconnut que le Français avait eu la meilleure intuition lorsqu’il s’agissait de l’Amérique. Si de Gaulle avait semblé “insoumis, spécialement à nos alliés américains, peut-être aurions-nous pu nous inspirer de son comportement. Quelques-unes des fautes commises plus tard auraient pu être évitées si nous avions montré le même esprit”.»

De la Charte à Suez
L’itinéraire et ses bornes choisis par Charmley nous paraissent particulièrement judicieux. Autant il est vrai que tout est né avec Churchill et la signature de la Charte de l’Atlantique en 1941, autant il apparaît assuré que c’est 1956 et la crise de Suez qui transforment définitivement, qui transmutent ce qui était la volonté et l’intuition exacerbée d’un homme en une politique générale qui lui survit absolument. (L’équilibre et la structure du livre sont d’ailleurs révélateur à cet égard : on pourrait considérer La Passion de Churchill aussi bien comme l’histoire de la crise de Suez, des origines les plus lointaines de la crise à la crise elle-même, avec les 5 derniers chapitres des 30 que compte le livre qui lui sont consacrés.)

Cette transmutation ne nous convainc pas de la vertu de la chose. Nous irions même jusqu’à dire, — et c’est certainement le fond de la pensée de Charmley — qu’elle achève de nous convaincre de l’étrangeté et de la nocivité d’une politique qui consista et consiste toujours à donner beaucoup dans l’espoir, toujours recommencé et toujours déçu, de recevoir ne serait-ce qu’une petite partie de l’équivalent en retour. La phase actuelle des relations anglo-américaines, qui ne peut être décrite que comme une crise, semble en être une confirmation éclatante et posthume. Tony Blair et sa politique, les deux également discrédités dans leur propre pays, semblent apporter une confirmation convaincante que les réticences de Anthony Eden étaient, malgré sa défaite finale, largement fondées.

Sa défaite finale, disons-nous… La crise de Suez de juillet-novembre 1956, qui représente ce point de transmutation d’une politique personnelle (Churchill) en une politique nationale (britannique), est d’abord une cinglante défaite britannique en même temps qu’elle est la défaite définitive de Eden (qui avait remplacé le vieux Churchill au 10 Downing Street au début de 1955). On aura du mal à trouver, dans une politique qui s’installe définitivement à l’occasion d’une défaite et d’une humiliation de cette ampleur, l’argument pour juger cette politique nécessaire, utile et bénéfique, et tout à la gloire de celui qui a subi la défaite et l’humiliation. L’Histoire est bonne juge du présent à cet égard.

L’Histoire nous éclaire
Une fois de plus, avec le travail de Charmley, est confirmé le jugement général que rien ne vaut le passé pour expliquer le présent, que rien ne vaut l’Histoire pour éclairer notre temps politique. La minutie de l’historien nous apparaît dans ce cas comme une impitoyable enquête, conduite avec le seul souci de la reconstitution de la chose, et qui y réussit parfaitement. L’effet principal de cette enquête sur des événements vieux d’un demi-siècle et plus est alors immanquable. L’historien Charmley réduit à son absence de substance toute la rhétorique pompeuse qui paraît aujourd’hui le seul argument pour défendre une politique qui dure depuis 1941 et qui connut véritablement son installation structurelle dans le gouvernement britannique il y a tout juste 50 ans, à l’occasion d’une défaite si humiliante. La mise en cause est intraitable.

Il est vrai que la crise irakienne, dans sa version britannique, est portée lointainement dans les flancs de la crise de Suez, 50 ans plus tôt. Le rapprochement entre les deux a beaucoup été fait, à l’occasion de l’anniversaire. Mais ce n’est pas à cause des sujets “à la mode” (néo-colonialisme, soi-disant “choc des civilisations” entre Occidentaux et Arabes, etc.) qu’elle doit être faite. Ce sont bien les liens anglo-américains tels qu’ils se nouent à l’occasion de la crise de Suez (et non à cause de la crise per se), à l’occasion de la déroute diplomatique britannique face aux Américains que constitua cette défaite britannique de Suez, qui conduisent à la folie irakienne de Blair. La logique de la chose, l’aveuglement stratégique, les illusions politiques, tout s’y retrouve. C’en est au point où l’on peut se demander si, 50 ans plus tard exactement, l’Irak n’est pas le pot aux roses qui découvre la réalité profonde de la crise du Suez.

Si l’on accepte cette dernière hypothèse, la lecture du livre de Charmley est nécessaire. Rarement un historien mit autant et aussi bien en perspective une crise (Suez) et ses racines (les special relationships), sans pourtant que son but général ait été de se fixer sur cette crise. Simplement, l’histoire des special relationships connaît un tournant fondamental avec Suez, comme elle en connaît un, également fondamental, avec l’Irak.

Bref, si vous voulez comprendre l’Irak et Tony Blair, lisez Charmley.


Extraits - Commentaires

• Nous vous présentons un extrait du livre de Charmley (chapitre XIX – “Conséquences”) pour mieux apprécier la densité et le rythme de l’ouvrage. • Cet extrait couvre une période peu connue de l’histoire britannique (des special relationships) : entre le départ (1945) et le retour (1951) de Churchill à la direction du gouvernement. • On y voit le tandem travailliste Attlee (Premier ministre) et Bevin (ministre des affaires étrangères) se battre pour redéfinir un peu moins à l’avantage des USA les special relationships. • Cet extrait nous vaut quelques intéressantes analyses et descriptions des diverses conceptions qui s’affrontent ainsi que des différences de concepion entre Américains et Britanniques. • Bien entendu, les Britanniques perdirent…

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Auteur:
John Charmley
Collection:
Histoire
Format:
155 x 230
Nombre de pages:
522
ISBN:
2-87402-071-0
Prix:
15 Euros